Marseille, le 09 Novembre 2009
Jean-Claude GAUDIN
Sénateur- Maire de Marseille
Hôtel de Ville
Quai du Port
13233 Marseille cedex 20
Monsieur le Sénateur-Maire,
Je m’adresse à vous pour une requête qui me tient particulièrement à cœur. Il y a quelques jours, le 24 octobre dernier, mon ami Paul
Carpita nous quittait.
Marseillais, fils d’une poissonnière et d’un docker, résistant, instituteur, communiste, Paul Carpita a marqué notre époque par son premier
long métrage « Le Rendez-vous des quais » qui le révéla au grand public en 1989.
Nous découvrions alors une œuvre extraordinaire qui fera le tour du monde. Cette reconstitution de la grève mythique des dockers
phocéens contre la guerre d’Indochine a été réalisée entre 1953 et 1955. Tourné clandestinement avec des acteurs non-professionnels dans des décors naturels, caméra à l’épaule, tous les amoureux
du septième art reconnaissent que cette œuvre anticipe la Nouvelle Vague. Elle est aujourd’hui considérée comme l’unique film néoréaliste français, le chaînon manquant entre « Toni » de Jean
Renoir et « A bout de souffle » de Jean-Luc Godard.
Lors d’une projection, dans les années cinquante, la police saisit les bobines. Le film subira la plus incroyable censure du cinéma
français. Pendant 35 ans, Paul Carpita croit son œuvre détruite. Pour vivre, il continue son métier d’instituteur tout en tournant de somptueux courts- métrages dont un qui marquera ma jeunesse «
Les Lapins dans la tête ».
Il réalise ensuite « Les Sables mouvants » et « Marche et rêve » !
Personnellement je connaissais très bien Paul. Ma famille et la sienne se côtoyaient depuis de très nombreuses années. J’ai connu Paul dans
mon enfance. Il était l’ami de mes parents. Proche dans le cœur, dans les idées, dans la joie, Paul m’aura toujours fasciné.
Ce que je n’oublierai jamais, c’est son bonheur de vivre, de parler (il n’arrêtait pas), mais surtout son rire gracieux et fort. Il a marqué
ma jeunesse. Il m’étonnait toujours. Je ne l’ai jamais rencontré sans qu’il ne rie.
Quand on est enfant, c’est impressionnant de côtoyer un adulte qui se « marre » toujours. On a l’impression que la vie est douce, gaie, et
facile. Pourtant, je l’écoutais aussi dans ses discussions politiques notamment, où là, le Paul Carpita engagé, passionné, juste, intelligent, espiègle parfois, faisait don de son énergie au
service des autres.
Ce Paul Carpita, qui militait pour un monde meilleur et rêvait du bonheur pour tous, était éblouissant. C’est ce Paul, humain et généreux
jusqu’au bout de lui-même, qui a marqué ma jeunesse et que je porte aujourd’hui en moi.
Cinéaste engagé au regard singulier, défenseur d’un cinéma populaire en phase avec les tourments intimes et sociaux, qui agitent notre
société, Paul Carpita a droit à la reconnaissance de sa ville, Marseille.
Monsieur le sénateur-maire, Paul Carpita a apporté à Marseille par son œuvre, son engagement, par son humanisme, une dimension historique,
culturelle et enchanteresse qui marque l’image indélébile actuelle de notre belle cité.
Aussi, quand on considère la valeur de sa conduite et les difficultés qu’il a surmontées, quand on considère l’apport culturel qu’il nous a
offert, on ne peut qu’estimer juste et du devoir de mémoire que sa cité l’honore enfin.
C’est pourquoi, je vous demande de bien vouloir accorder le nom de Paul CARPITA à une artère ou à un lieu symbolique de Marseille. Un site
proche ou en lien direct du port de la ville serait de bon aloi.
Je suis bien persuadé que vous serez sensible à ma demande et que vous y porterez une attention particulière.
Dans l’attente d’une réponse que je ne peux imaginer que positive,
Je vous prie de croire, monsieur le sénateur-maire, en mon plus profond respect.
Frédéric DUTOIT
Derniers Commentaires