Par Frédéric Dutoit, le 30 mars 2009
Monsieur le Maire,
Vous nous présentez aujourd’hui le premier budget de votre nouvelle mandature. Je dois vous avouer que nous l’attendions avec impatience car très inquiets et ce pour plusieurs raisons :
- Le budget est toujours un moment clef d'une collectivité territoriale.
- Un budget c'est la feuille de route pour un an d'une majorité.
Malheureusement, cette année 2009 nous plonge dans les méandres de la crise financière, économique et sociale qui a commencé dès le dernier trimestre 2008.
Je ne vais pas reprendre ce que j'ai pu dire dans cette assemblée le mois dernier, je m'en tiendrai à la constatation que je faisais alors, en disant que vous auriez sûrement recours au levier
fiscal. Hélas, la suite me donne raison.
Selon une étude de la principale banque des collectivités locales, DEXIA, la hausse moyenne de la fiscalité de ces institutions est de 3,6 % et de 3,7 % pour les communes et groupements.
Par prudence, face à la crise économique et à la perte de recettes à venir, avec déjà une perte de 9 millions d’euros sur les seuls droits de mutation, vous nous annoncez une hausse des impôts de
4,9 %, afin de FAIRE FACE.
Croyez-vous vraiment, Monsieur le Maire, que les Marseillaises et les Marseillais l’entendront de cette oreille ?
NON ! Monsieur le Maire, ils prendront cette annonce comme une énième injustice en se disant une fois de plus : « c’est le simple contribuable qui va payer ! »
Depuis des mois, ils subissent les mesures engagées par Nicolas SARKOZY pour faire face à la crise, encaissant coup après coup.
Dernier en date et, qui a d’ailleurs apporté des divergences au sein même de votre parti, les propos du Président de la République réaffirmant :« qu’il ne touchera pas à une miette du bouclier
fiscal », et de rajouter lors de son allocution à Saint-Quentin la semaine dernière, je cite : « ne pas prendre par l’impôt 50 % du revenu d’un ménage, c’est un principe de liberté. La liberté,
c’est de pouvoir vivre sans avoir peur ».
Aussi, Monsieur le Maire, je vous le demande : La liberté aurait-elle un prix dans notre pays ?
Monsieur le Maire, nos concitoyens n’attendent pas de vous que vous anticipiez sur les effets à venir de la crise, ils veulent des actions immédiates, des remèdes à leurs souffrances pas des
placebos !
Ils affrontent, de plein fouet, les effets de la crise au quotidien, avec la baisse de leur pouvoir d’achat, la perte de leur emploi, leur difficulté grandissante à joindre les deux bouts.
Votre Adjoint aux Finances, M. Jean-Louis TOURRET parle de nécessité à « continuer à investir. » (la Provence 26/03/09).
Votre 1er Adjoint, M. Roland BLUM, justifie votre choix en affirmant « La relance ne peut avoir lieu que par l’investissement car lui seul crée l’emploi. »
Et enfin, votre Président de Groupe, Yves MORAINE, de rajouter « Une nécessité, pour éviter de rogner sur le social ou le budget des écoles. »
Toutes vos affirmations vont à contre-courant de ce qui est prôné par Votre Président, puisqu’il affirme haut et fort, depuis sa campagne électorale : « Augmenter les impôts, ce serait diminuer
un peu plus nos chances de renouer avec la croissance.»
Vous mettez en avant qu’à Marseille, « la hausse est plus faible que dans d’autres grandes villes comme Paris ou Lyon » mais croyez-vous vraiment que dans le contexte actuel, les Marseillaises et
les Marseillais vont trouver cet argument rassurant et convaincant ?
Peine perdue, Monsieur le Maire !
Si vous anticipez pour cette année sur les effets de la crise en augmentant les impôts, j’appréhende fortement le budget 2010 si la taxe professionnelle disparaît !
Cette hausse des impôts représente autour de 16 millions d’euros et cette somme ne sera qu’une paille dans un budget de 1,6 milliard d’euros avec une dette de 1,85 milliard.
Mais votre part d’investissement, elle, se maintient à 235 millions d’euros.
À cette augmentation se rajoutera la maîtrise des dépenses de fonctionnement puisque sa variation évolue en dessous de l’inflation soit + 1,18 % quand parallèlement les recettes progressent de +
1,97 %.
Ce budget est une baisse des prestations pour les usagers et les services, une baisse des effectifs avec le non-remplacement des départs à la retraite.
En effet, Monsieur TOURRET a annoncé qu’un seul départ à la retraite sur deux serait remplacé, ce qui équivaut à peu près à 200 postes en moins.
En bon libéral que vous êtes, Monsieur le Maire, nous retrouvons, là, le mot d’ordre lancé par Nicolas SARKOZY.
Plus d'impôts, moins de services rendus, vous enfoncez Marseille, les Marseillaises et les Marseillais dans la voie de la régression.
Quant au développement économique, Monsieur le Maire, permettez-moi de prendre 5 minutes sur un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre ces derniers temps : la réparation navale.
À la lecture du document annexé concernant le Budget primitif, sauf erreur de ma part, je n’ai lu, dans aucun paragraphe, vos perspectives pour le développement de l’Industrie.
Il est certain que le document a été travaillé avant la récente annonce de liquidation judicaire d’UNM.
Quand bien même, il n’empêche que l’oubli de ce secteur ne fait que confirmer votre volonté de favoriser le secteur tertiaire et notamment le tourisme.
Nous le savons bien, et nous l’avons toujours dénoncé, vos perspectives pour le Grand Port Maritime de notre ville sont depuis longtemps réduites à votre intérêt de faire du Port de Marseille un
port à vocation touristique.
Pourtant, la situation que l'on rencontre, aujourd'hui, à Marseille pose clairement la question de la relance industrielle. Elle est un élément de sortie de crise.
Dès lors, je trouve scandaleux que l’on fasse porter aux salariés la responsabilité de cette fermeture. D’autant plus scandaleux, Monsieur le Maire, les propos de votre 2e adjointe, Mme Dominique
VLASTO, qui s’est exprimée en ces termes, je cite :
« Les salariés de la réparation navale veulent tuer le Port, l’Economie de Marseille et de la Région. Le Gouvernement doit aller plus loin et, s’il le faut, fermer le Port pendant 45 jours, comme
à Barcelone, et que l’on soit débarrassé de ce choléra. » (France 3, Samedi 08 Mars 2009)
Sans rentrer dans la polémique, cette déclaration est indigne d’une élue de la République, des propos aussi injurieux ne peuvent être tenus envers des salariés, pères de famille, pour la plupart,
qui défendent leur outil de travail. Ce ne sont pas des criminels sans vergogne, que je sache !
Vous-même, Monsieur le Maire, nous savons que vous ne les portez pas haut dans votre cœur mais vos propos ont toujours été à la limite du raisonnable. Ceci étant dit, je refermerai, là, ma
parenthèse.
Aussi, à l’heure où l’on nous annonce un plan de relance pour faire face à la crise économique, après l’accord-cadre signé en Octobre dernier dans le cadre de la réforme portuaire, que vont
devenir ces 130 salariés ? La réparation navale lourde ne peut disparaître des activités portuaires, elle est un de ses symboles emblématiques.
D’ailleurs, lors du Conseil d’administration du 16 Mars dernier, tous les participants ont reconnu que Marseille et son Port avaient besoin d’une réparation navale lourde de haut niveau, ce
savoir-faire doit perdurer.
Michel SAPPIN, Préfet de Région, devrait réunir autorités portuaires, armateurs de la place, groupement des sous-traitants d'UNM et CGT pour envisager « des formules transitoires ».
Dans l'attente de l'arrivée d'un repreneur, le représentant de l'Etat souhaite encourager une activité d'entretien, favorisant l'emploi d'ex-salariés d'UNM.
De notre côté, nous proposons une structure provisoire de type GIE, pour permettre la poursuite de l’activité de réparation navale sur le port de Marseille – le besoin de mise en chantier existe,
comme le prouve le détournement de navires de la SNCM vers les chantiers Boluda de Barcelone – et pour permettre, dans l’immédiat, aux salariés de percevoir leurs salaires.
Cette solution serait transitoire et portée par les Pouvoirs Publics, les Collectivités Territoriales, la CRCI et le Patronat Portuaire.
Et non ! M. Roland Blum, nous ne sommes pas dans l’illégalité. Si c’était le cas, le premier dans l’illégalité serait notre chef de l’Etat qui vient d’allouer dans le cadre de son plan de relance
aux alentours de 360 milliards d’euros aux banques !
De plus, dois-je vous rappeler qu’à l’époque du plan de reprise de la CMR, l’Etat et des Collectivités avaient contribué à hauteur de 3,4 millions avant que ce chantier soit repris à l’euro
symbolique par le groupe Boluda en 2005.
Nous pourrons, ainsi, appréhender dans un esprit de responsabilité partagée les dossiers des opérateurs industriels souhaitant s’établir sur la place portuaire marseillaise pour faire de la
réparation navale lourde.
Après le départ de l’entreprise Agrexco qui prive Marseille de l’essentiel de son trafic maritime fruits et légumes, la fin de la réparation navale sur la façade méditerranéenne française serait
lourde de conséquences pour notre ville, pour le port, pour l’emploi dans notre ville, pour le secteur industriel de Marseille.
Notre groupe reste convaincu, et encore plus en ces temps de crises, que le Port est le poumon économique de Marseille, nous ne pouvons donc cautionner qu’on lui retire, encore, une de ses
bronches.
J’en resterai là, pour le moment, sur ce sujet.
Pour en revenir à votre budget, vous justifiez que la hausse de la fiscalité permettra aux familles de profiter « de l’augmentation de la capacité d’accueil dans les crèches ou les dispositifs
d’animation et d’intégration pour la jeunesse, tandis que sera renforcée l’offre sociale de logement » soit :
- De 2 693 places en crèches en 2008, on passe à 2 738 places en 2009.
Je vous laisse faire le calcul mes chers collègues : seulement 45 places supplémentaires
- Pour action sociale et santé : 119,59 millions en 2009 contre 108 millions en 2008 une augmentation prévisionnelle d’1,59 million d’euros
- Pour l’économie et l’urbanisme : stagnation avec 77,92 millions en 2009 contre 77 millions en 2008.
Lors du Conseil municipal du 15 Décembre dernier, nous avons débattu de vos intentions sur la délicate question du logement dans notre ville, nous attendons maintenant de voir l’avancement, au
fil des mois, de la mise en œuvre de votre politique dans ce domaine.
Par ailleurs, vous prétendez faire figurer Marseille comme modèle de développement durable mais si on prend exemple sur les crédits sports, on assiste à une baisse assez conséquente de 18
millions avec 62,43 millions cette année contre 80,51 millions en 2008
Et sur les crédits environnement : de 67,73 millions en 2008, on passe à 63,02 millions en 2009.
Quant à la culture, vous continuez dans votre programmation en maintenant d’un iota vos crédits.
Par contre, vous faites de la rénovation du Centre-Ville votre cheval de bataille, en vue de Marseille Capitale européenne de la culture. En y associant un rituel de votre budget : la
Sécurité.
Preuve en est, le développement de la vidéosurveillance avec, d’ici fin 2010, l’installation de 130 à 180 nouvelles caméras dans l’hyper-centre que nous devrons voter toute à l’heure lors du
rapport 258.
On nous annonce que la valeur d’une telle opération est de l’ordre de 6 millions d’euros avec des coûts de fonctionnement d’1,7 millions par an.
Monsieur le Maire, un tel investissement serait bien profitable à d’autres domaines, l’école par exemple. Surtout, quand on sait, pertinemment, que ce système ne résout pas le problème de la
délinquance, son efficacité est loin d’être prouvé et reconnu.
En effet, Monsieur le Maire, alors que la France s’est inspirée du modèle britannique, un premier avertissement est venu d’Outre-Manche, dès Mai 2008, lorsque Mike NEVILLE, l’un des patrons de
Scotland Yard a qualifié de « fiasco» l’expérience menée en Grande-Bretagne. De plus, dans la Provence du 27 Mars, le Préfet de Police, Jean-Luc MARX enfonce le clou en disant, je cite, : «
Noailles n’était pas un exemple probant. »
Autre point essentiel, Monsieur le Maire, si vous misez sur ce système pourquoi tout centraliser sur l’’hypercentre ? La sécurité serait-elle plus assurée dans les autres quartiers de la ville
?
La présence de caméras en centre-ville ne règlera pas les problèmes de petite délinquance. Pire, elle ne fera que les déplacer vers les quartiers périphériques. Et, une fois de plus, une partie
de nos concitoyens va se sentir oubliée, exclue des prérogatives du premier magistrat de notre ville.
Toutefois, peut-être, et je dis bien peut-être, la présence de caméras peut revêtir un caractère dissuasif à la condition qu’elle s’accompagne de mesures préventives et, quand bien même, je reste
persuadé qu’un renforcement des effectifs de la police serait bien plus judicieux et rassurerait bien mieux les Marseillaises et les Marseillais.
À mes yeux ce n’est qu’un leurre pour occulter les vraies questions de fond.
Dans la globalité de votre budget, la gestion libérale de nos finances est en phase avec la politique nationale. Mais vos méthodes ne font plus recettes.
Notre pays et Marseille sont malades de cette politique mise en œuvre par vous et vos amis.
Les Françaises et les Français, les marseillaises et les marseillais rejettent massivement cette politique. Ils ont été des dizaines de milliers à manifester les 29 Janvier et 19 Mars
derniers.
Un récent sondage TNS-SOFRES affirme même que 64 % des Français ont le sentiment que la situation va pousser la population à se révolter pour manifester violemment son mécontentement.
64 %, Monsieur le Maire, c’est énorme !
Dans un contexte de crise financière, économique et social, votre budget est bien loin d'un budget qui réponde aux besoins des marseillaises et des marseillais, aux exigences d'une ville qui doit
se positionner comme une Capitale Euroméditérannéenne.
Le Groupe Communiste votera CONTRE.
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