Mercredi 18 novembre 2009
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par Frédéric DUTOIT
Monsieur le Maire,
Disons le tout de suite, nous partageons l’idée que les collectivités territoriales, comme la Ville de Marseille, ont un
rôle important à jouer dans la réduction des émissions des gaz à effet de serre.
La gestion de leurs consommations énergétiques et les décisions qu’elles prennent dans ce domaine ont des impacts
considérables. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons voté le 15 décembre dernier le Plan Climat Territorial de la ville de Marseille.
Intervenir dans le débat de l’« après Kyoto », lors de la Conférence des Nations Unies sur le Climat à Copenhague du 7 au
18 décembre 2009, est donc une bonne chose.
La Ville de Hambourg organise elle-même, du 16 au 18 novembre, une rencontre préparatoire à la Conférence de Copenhague,
à laquelle Marseille est associée. Les Maires présents ou représentés à Hambourg seront invités à signer une déclaration commune à l’intention des gouvernements et des instances internationales
qui se réuniront à Copenhague.
Pour toutes ces raisons, nous allons donc approuver cette déclaration que vous nous proposez.
Mais avouez quand même, Monsieur le Maire, que nous faire voter aujourd'hui le 16 novembre sur un sujet aussi important
et décisif pour l’avenir de la planète, afin de signer la déclaration commune à Hambourg le 18 novembre 2009, c’est un peu juste pour qu’un véritable débat ait lieu.
Ce n’est pas le meilleur moyen d’obtenir un consensus entre nous. Ne croyez vous pas ?
Et vous aurez, nous aurons besoin, de ce consensus pour appliquer à Marseille les engagements contraignants de réduction
des gaz à effets de serre qui, je l’espère, déboucheront du sommet de Copenhague.
Mon intervention se veut donc comme une contribution positive à ce débat décisif pour la planète.
Comment penser la vie des hommes et des femmes dans un monde dont les ressources naturelles sont devenues si rares qu’il
faut que les populations se battent pour y accéder ?
Même si ces derniers jours, un débat fait rage dans les médias, nul ne peut contester les effets dévastateurs du
réchauffement de la terre. Selon le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le réchauffement pourrait atteindre jusqu’à 4° à la fin du siècle.
Les principaux pays pollueurs doivent impérativement réduire leurs émissions de 25 à 40% d’ici 2020 pour contenir le
réchauffement à moins de 2° en moyenne. Et, donc, ralentir ses effets négatifs : désertification, famine, épidémies, inondations, migrations de populations...
Il faut s’enorgueillir que Marseille décide enfin de participer à cette lutte.
Le Forum Humanitaire Mondial chiffre l’impact du réchauffement à 300 000 décès par an et selon l’Observatoire
International pour les Migrations, le nombre de « migrants environnementaux » atteindra 200 millions d’ici à 2050. Pour 2050, il faut diviser par 4 les émissions des pays industrialisés et par 2
celles de l’ensemble du monde. Bien que désireux de limiter le réchauffement climatique à 2°, Etats-Unis et Japon proposent des objectifs pour 2020 bien insuffisants.
L’Union Européenne s’est depuis engagée sur ce qu’il est convenu d’appeler le Paquet Energie-Climat qui fixe trois
objectifs à l’horizon 2020 : réduire les émissions de GES de 20% par rapport à 1990, gagner 20% en terme d’efficience énergétique, c’est à dire en améliorant la performance de nos équipements,
faire passer à 20% la part des énergies renouvelables dans la consommation totale d’énergie.
La France, elle, s’est engagée, avec les autres pays industrialisés, à réduire par quatre (c’est ce qu’on appelle le «
Facteur 4 ») ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2050. Une division par 4 de nos émissions de GES d’ici 2050 représente une diminution de 3 % par an, alors même qu’elles ont encore
augmenté, en 2008, de 3%.
Mais reconnaissons que la recherche, première et à tous prix, de la rentabilité financière impose des fonctionnements
économiques néfastes pour l’environnement. Les ressources naturelles doivent être considérées comme biens communs de l’humanité et non comme marchandises et sources de profits.
L’urgence est au développement de toutes les énergies non productrices de gaz à effets de serre. Pour autant, le droit à
l’énergie doit être garanti à tous. Aussi, nous sommes très favorables à un vaste plan de développement des énergies renouvelables.
La recherche fondamentale et appliquée doit prendre un nouvel essor car les sources d’énergies sont complémentaires. La
production d’électricité doit être développée et organisée dans le secteur public qui doit assurer une véritable sureté et transparence avec de nouveaux droits de regards et d’intervention des
salariés, des citoyens et des élus. Il est impératif de stopper les directives européennes de libéralisation qui visent à soumettre l’énergie aux exigences des marchés
financiers.
Une mobilisation financière conséquente est indispensable pour développer les transports en commun de service public et
les transports propres (rail, fluvial), l’isolation des bâtiments, la voiture de l’après pétrole… Marseille et les collectivités de son aire métropolitaine, doivent donner l’exemple de ce point
de vue.
L’ampleur des transformations sociales et économiques à mettre en œuvre, et surtout leur rythme, sont inédits dans
l’histoire de l’humanité. A l’échelle du monde, un nouveau mode économique et financier est nécessaire pour accompagner les pays les plus pauvres dans une démarche de coopération et de
développement.
Pourquoi ne pas s’orienter vers la création d’une Agence Mondiale de l’Environnement, sous l’égide de l’ONU, qui rendrait
cohérent le développement durable de la planète en matière sociale et environnementale.
Nous n’avons plus le temps d’attendre et de tergiverser.
Un des premiers objectifs que notre ville peut se fixer, c’est de donner une priorité absolue aux mesures préventives.
Elles permettent de minorer à terme les coûts sociaux dus aux dégradations de l’environnement et de la santé.
Cela passe par :
- la réduction drastique de la consommation des énergies fossiles pour les bâtiments et les transports
publics
- la facilité donnée aux ménages et aux entreprises pour l’accès aux énergies nouvelles et
renouvelables
- développer un habitat plus sain pour ses occupants, économe en énergie et en eau
- l’implantation d’une industrie du développement durable sur le territoire communal et métropolitain.
Par contre, Monsieur le maire, je ne peux parler ici de développement durable sans dire un mot sur la taxe carbone de
Nicolas Sarkozy qui va à l’encontre d'un nouveau type de développement. Alors que les choses soient claires, je suis très favorable à une fiscalité écologique.
Ce levier financier, a deux conséquences :
- le creusement des inégalités qui est incompatible avec l’objectif essentiel d’équité d’une part,
- d’autre part, le développement d’un écolo marketing qui surfe sur la revendication environnementale et lui donne
souvent des réponses inadéquates.
Ce nouvel impôt, « la taxe carbone», vise à « dissuader les consommations énergétiques excessives » nous dit-on.
Mais qui est excessif en la matière ?
Imaginons, Mr le Maire, combien vont payer les marseillais pour se déplacer ; soit pour leur travail, soit pour leur
consommation, soit pour leur loisirs ? Cette taxe ne cherche pas à résoudre le problème des émissions et des modes de production. Elle n'incite pas à la révolution énergétique pourtant
nécessaire.
Elle consacre l'usager comme principal responsable de la pollution.
Pour ce combat, on ne peut faire fi des inégalités sociales, des limites des actions individuelles. L’institution d’une
taxe carbone est en effet une menace sérieuse d’aggravation des inégalités dans la répartition des richesses.
La fiscalité écologique aura un intérêt si elle permet de réorienter la demande vers des offres alternatives préventives
et équitables. Encore faut-il les construire !
On aurait pu penser par exemple, que, pour lutter contre l'effet de serre et le réchauffement climatique, une
mobilisation de moyens humains et financiers, dévoués à la recherche par exemple, serait décrétée.
Mais il n’en est rien à ce jour.
Alors, Monsieur le Maire, je vous invite, pour Marseille, à poursuivre les mêmes objectifs par d’autres chemins. Il nous
faut agir pour un nouveau développement qui se fixe comme objectif de répondre aux besoins d’une population marseillaise plus nombreuse en maîtrisant l’impact de la consommation sur les milieux
naturels, la biodiversité et la santé.
Enfin, Monsieur le Maire, cette action volontaire pour maitriser nos émissions de gaz à effet de serres, n’aurait aucun
sens si elle se limitait au seul territoire de la commune de Marseille. Notre ville est le cœur d’une aire métropolitaine qui vit au même rythme.
Les aixois, les aubagnais, les martégaux, les Berrois, et bien d’autres dans le département des BdR, travaillent à
Marseille et logent dans ces communes. Et inversement. C’est d’ailleurs une des causes essentielles de l’usage des transports en véhicules personnels, cause de pollutions récurrentes. Nous
sommes régulièrement astreints à des mesures de limitations de vitesses lors des alertes à l’ozone. Preuve que nos transports collectifs ne répondent pas du tout aux
besoins.
Plus encore, les industries les plus polluantes sont situées dans l’aire métropolitaine, et très peu sont implantées sur
le territoire de notre commune. Les actions pour limiter les émissions de gaz doivent impérativement se coordonner, s’harmoniser à l’échelle de la métropole pour espérer un minimum d’efficacité.
C’est d’une véritable volonté politique métropolitaine que pourra résulter, pour chacune d’entre elles, une issue porteuse d’avenir.
Je vous invite donc, Monsieur le Maire à entreprendre une démarche positive, qui respecte l’identité de chacun, afin que
l’ensemble des communes de l’aire métropolitaine marseillaise participent à cette grande cause pour l’humanité.
La construction d’un tel développement fait appel à l’intelligence, à la raison, aux coopérations à tous les niveaux, à
la création immédiate de compétences industrielles, à la maîtrise de moyens technologiques performants pour optimiser l’utilisation des ressources et soulager les peines des
travailleurs.
Le travail est la source des richesses mais leur production doit tenir compte de l’usage des ressources naturelles.
Aussi, il ne s’agit ni de taxer, ni de culpabiliser le consommateur, mais d’adosser l’autonomie et la liberté des individus sur l’élaboration collective d‘activités productives
respectueuses de l’homme et de la nature.
Nous approuvons la Déclaration de Hambourg sur le changement climatique.
A ce jour elle est une charte de bonnes intentions.
C’est louable !
Mais, soyez assuré Monsieur le Maire, que nous serons vigilants sur les dispositions concrètes qui doivent l’accompagner.
La plupart des êtres humains vivent dans des agglomérations. Mais avec la mondialisation, nous faisons en même temps partie d’une communauté planétaire.
Nous n’avons que balbutié jusqu'à aujourd’hui dans le domaine du développement durable et tout ou presque doit être
inventé.
Mais c’est une belle aventure à construire pour le 21ième siècle.
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